1823 : Un colonel de Napoléon fonde La Louisiane

Mardi 14 janvier 2025
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post louisiane 1950

L'histoire de l'Hôtel La Louisiane commence dans la boue et le sang de Waterloo. En juin 1815, un colonel des cuirassiers de l'Empereur Napoléon Ier charge une dernière fois contre les carrés anglais. La défaite consommée, il refuse le retour des Bourbons et s'exile. Sa destination : la Nouvelle-Orléans, en Louisiane française devenue américaine.

L'exil américain : 1815-1823

À la Nouvelle-Orléans, notre colonel retrouve une communauté de bonapartistes exilés. La ville, francophone et catholique, garde le souvenir de Napoléon qui l'avait vendue aux États-Unis en 1803 pour financer ses campagnes. Les anciens soldats de la Grande Armée y refont leur vie, certains dans le commerce du coton, d'autres dans l'import-export avec la France.

Notre homme prospère. Il fait fortune dans le négoce, mais l'exil lui pèse. Quand la nouvelle de la mort de l'Empereur à Sainte-Hélène parvient en Louisiane en 1821, le colonel pleure celui qu'il n'a pu délivrer. Une légende raconte qu'un groupe de Français de Louisiane avait planifié l'enlèvement de Napoléon par la mer. L'Empereur mourut avant que l'expédition ne parte.

Le retour à Paris et la fondation : 1823

En 1823, le colonel rentre enfin à Paris. Louis XVIII règne, mais la France a changé. Dans les rues de Saint-Germain-des-Prés, il croise d'anciens frères d'armes, héros de cent batailles, souvent sans toit ni ressources. Ces vétérans de la Grande Armée, décorés de la Légion d'honneur, mendient parfois leur pain.

Ému par leur sort, le colonel décide d'investir sa fortune américaine dans un hôtel. Il choisit le 60 rue de Seine, au cœur du quartier où se concentrent les bonapartistes nostalgiques. Il baptise son établissement "La Louisiane" en hommage à cette terre d'Amérique qui l'a accueilli et enrichi.

« La Louisiane ne fut pas seulement un nom. Ce fut un symbole : celui d'une terre de refuge, d'une seconde chance, d'une fraternité entre anciens soldats de l'Empire. »

Un refuge pour les vétérans de l'Empire

Les premières années de l'hôtel voient défiler les grognards de l'Empereur. Certains y logent le temps de retrouver du travail. D'autres y finissent leurs jours, soignés par le colonel qui n'a pas oublié leur sacrifice commun. Les murs de La Louisiane résonnent des récits d'Austerlitz, de Wagram, de la campagne de Russie.

Cette vocation d'accueil perdure. Plus de deux siècles plus tard, La Louisiane reste un refuge : non plus pour les soldats, mais pour les artistes, les écrivains, les musiciens en quête d'un toit abordable au cœur du Paris créatif. L'esprit du colonel, cette générosité envers ceux qui créent ou sont en quête, imprègne encore les murs.

L'héritage napoléonien aujourd'hui

La façade du 60 rue de Seine porte encore les traces de cette histoire. Les impacts de balles de la Libération (août 1944) côtoient les pierres d'origine. L'escalier en colimaçon, les couloirs sinueux, les chambres aux formes irrégulières : tout rappelle l'époque où l'on construisait pour durer, pas pour standardiser.

Chaque année, le 5 mai, anniversaire de la mort de Napoléon, certains habitués lèvent leur verre au colonel fondateur. Une tradition discrète, jamais officialisée, qui perpétue le lien entre La Louisiane et son histoire impériale.