Les cafés de Saint-Germain-des-Prés ne sont pas de simples établissements où l'on sirote un express. Ce sont des monuments historiques vivants, des salons littéraires à ciel ouvert, des théâtres où se joue depuis plus d'un siècle la comédie parisienne. Sartre y écrivait "L'Être et le Néant", Beauvoir y rédigeait son courrier, Hemingway y noyait son spleen dans le whisky. Voici notre guide pour vivre ces lieux comme les artistes qui les ont immortalisés.
Le Café de Flore : le temple de l'existentialisme
À 172 boulevard Saint-Germain, le Flore trône depuis 1887. Ses banquettes de moleskine rouge, ses miroirs Art déco et ses serveurs en noir et blanc perpétuent une tradition centenaire. C'est ici que Sartre et Beauvoir s'installaient chaque matin, à leur table attitrée au premier étage, pour écrire au chaud pendant l'Occupation, le chauffage de leurs hôtels étant coupé.
Guillaume Apollinaire y fonda en 1917 la revue "Les Soirées de Paris". Plus tard, Boris Vian, Albert Camus, Raymond Queneau y refaisaient le monde jusqu'à l'aube. Aujourd'hui, le prix Flore récompense chaque année un jeune auteur, perpétuant cette tradition littéraire. Venez à 8h du matin, quand les habitués lisent leur journal avant l'afflux touristique.
Les Deux Magots : la terrasse la plus convoitée de Paris
Face à l'église Saint-Germain-des-Prés, Les Deux Magots doivent leur nom aux deux statues de mandarins chinois qui ornent leur salle depuis 1914. Verlaine et Rimbaud y venaient déjà dans les années 1870, établissant une tradition bohème que reprendront les surréalistes André Breton, Louis Aragon et Paul Éluard dans les années 1920.
Le prix des Deux Magots, créé en 1933 en réaction au Goncourt jugé trop conservateur, a révélé Raymond Queneau, Marguerite Duras ou plus récemment Marc Dugain. La terrasse chauffée l'hiver offre un spectacle permanent sur le ballet des Parisiens et des touristes du monde entier. Commandez un chocolat chaud à l'ancienne, leur spécialité historique.
Le Procope : le plus ancien café de Paris
Fondé en 1686 par le Sicilien Francesco Procopio dei Coltelli, Le Procope est le doyen des cafés parisiens. Dans ses salons aux boiseries d'époque, Voltaire engloutissait quarante cafés par jour, Diderot et d'Alembert y rédigeaient l'Encyclopédie, et les révolutionnaires Danton, Marat et Robespierre y complotaient la chute de la monarchie.
Devenu restaurant, Le Procope conserve le bureau de Voltaire et le chapeau de Napoléon Bonaparte, client régulier avant sa gloire. Le coq au vin et la tête de veau sauce gribiche perpétuent une cuisine française classique dans un décor qui n'a guère changé depuis trois siècles.
Café de la Mairie : l'adresse secrète des initiés
Loin des foules, place Saint-Sulpice, le Café de la Mairie est le repaire discret des écrivains qui cherchent le calme pour travailler. Perec y écrivit une partie de "La Vie mode d'emploi", observant pendant des heures le ballet de la place. L'ambiance y est plus authentique, les prix plus doux, et la terrasse donne sur la majestueuse fontaine des Quatre-Points-Cardinaux.
C'est ici que les Parisiens viennent vraiment lire leur journal, loin des objectifs des touristes. Installez-vous avec un roman, commandez un croque-monsieur et observez : vous comprendrez pourquoi les écrivains aiment ce quartier.
Brasserie Lipp : le rendez-vous du Tout-Paris
Face au Flore, la Brasserie Lipp déploie depuis 1880 ses céramiques alsaciennes et son atmosphère de brasserie Belle Époque. Hemingway y dégustait sa choucroute en écrivant "Paris est une fête". Aujourd'hui, politiques, journalistes et éditeurs s'y croisent au comptoir dans un rituel immuable.
La règle non écrite : les habitués sont placés au rez-de-chaussée, les touristes à l'étage. Pour conquérir votre place en bas, revenez régulièrement, soyez reconnu du maître d'hôtel, et surtout ne photographiez jamais les clients célèbres. La discrétion est la politesse de Lipp.
Nos adresses alternatives pour éviter l'affluence
Si les grands noms vous semblent trop touristiques, voici nos alternatives : Le Bar du Marché, rue de Seine, pour l'apéro avec les antiquaires du quartier. Le Comptoir des Saints-Pères pour un café matinal avec les étudiants des Beaux-Arts. Café Kitsuné pour un flat white japonais dans une ambiance contemporaine.
« Un café à Saint-Germain-des-Prés, ce n'est pas une consommation. C'est un billet d'entrée pour un siècle d'histoire littéraire, une place au premier rang du spectacle parisien. »
